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11/10/12 : Une randonnée dans l'Atlas dans Voyages

11/10/2012 :
A Moroccan Journey - Première partie dans Vidéos

19/12/2011 :
Islande, cinquième partie dans Voyages

17/12/2011 :
Fin de journée, dans le Blog



Carnet de route d'Islande, première partie

Islande, première partie : " Reykjavík, deux minutes d'arrêt"  

Note au lecteur : ce qui va suivre relève de pensées écrites sur le moment, ou plus souvent une sorte de récapitulatif de la journée passée. Les périodes et lieux indiqués sous le décompte des jours indiquent le moment d'écriture. Il n'y aura que quelques modifications syntaxiques : je vais essayer de ne pas trop dénaturer ce que j'ai écrit sur le moment. J'ai coupé cependant beaucoup de passages, que j'ai jugé moins intéressant. Pour agrandir les photos, il suffit de cliquer dessus.

19 juin
Tard dans la nuit

       Demain, c'est le grand départ. J'ai presque toutes mes affaires pour périple... Après avoir vérifié je ne sais plus combien de fois mon sac, je pense qu'il est fin prêt. Et moi ?
Je me suis rendu compte hier que j'allais partir un mois et demi : 45 jours. J'ai eut des gros doutes cette semaine, à savoir si je devais raccourcir le voyage ou non. Des doutes quant à ma capacité à rester seul autant de temps, éloigné du quotidien et des personnes qui me sont proches. Et puis, en réfléchissant, je me suis souvenu ce que je répétais continuellement à propos de la routine, du train-train.



Le contenu de mon sac-à-dos, J-1
 
      Je n'ai plus peur, je crois. J'appréhende un peu, je suis excité et pressé d'arrivé. Pressé également de voir comment je vais me débrouiller une fois là-bas. On verra. Appréhension également, parce que je suis fatigué, très fatigué ...
       Etranges impressions aujourd'hui et hier soir : j'ai vu la plupart des personnes que j'apprécie, et je me suis surpris à les regarder. A les observer, comme si c'était la dernière fois que je voyais leurs visages et entendre leurs voix. Et puis, à chaque fois, l'instant fatidique de l'au-revoir : toujours le même phénomène, cette tension dans les regards, une véritable présence. Un échange de regards, sans mot, qui dure plusieurs secondes. Millisecondes ?  Je ne sais pas, mais une éternité dans ma tête. Une énergie qui passe entre deux corps, qui finissent par se rapprocher et ne former plus qu'un : l'étreinte.
      Je pense qu'il ne manque rien, du moins je l'espère. Je vais finalement laisser tomber pendant un long moment le quotidien-spectacle qu'on nous impose partout. Essayer d'approcher une vie un peu plus simple et vraie. Le Voyage.




20 Juin, 
Entre Caen et Paris

   Je ne réalise toujours pas que je pars. Je suis dans le train, mais ça ressemble tellement à tous les autres voyages que la perception est altérée. La fatigue joue aussi dans le processus, je pense : je me suis encore couché très tard hier pour vérifier une énième fois que je n'oubliais rien. Aujourd'hui fut à nouveau une journée sans répit : j'ai réalisé qu'il me manquait du matériel, notamment une carte pour l'appareil photo. Au cas où.
     Je suis allé voir maman à son travail après ça. Etrange ambiance, elle venait de passer la soutenance de son oral : le stress s'évacuait. Elle m'a emmenée dans sa classe remplie de petites tables et chaises, des mots simples accrochés partout. La dernière fois que j'avais pénétré dans une salle de classe, c'était il y a au moins dix ans. Curieuse impression que de voir ce lieu, des souvenirs qui reviennent sans prévenir, frappant l'occiput. On a mangé ensemble, discuté de son oral, beaucoup de banalités. Mais toujours et encore ce regard perçant, insistant ; cette présence derrière les pupilles. Le genre de regard qui dit à la fois "Ne t'en va pas" et "Fais attention". 
     Une accolade, et à dans un mois et demi.

     Après avoir prit un rapide café avec Margot, ultime vérification de mon sac. Un mail à Isàk le pêcheur qui va m'accueillir à Reykjavik : il m'a finalement répondu, une demie-heure avant que je parte à la gare ! Ouf !
[...]
     Papa est venu me chercher pour aller à la gare. Trajet assez silencieux, j'étais dans mes pensées, fatigué. La tension se lisait sur son visage, et son regard ne trompait pas. On a fumé une cigarette devant la gare, David et Rémy sont arrivés : le même au-revoir qu'avec tous. Les autres copains sont arrivés peu après au café. Ca m'a touché qu'ils soient venu pour mon départ. [...] Ils m'ont accompagnés sur le quai, les blagues se sont un peu calmées. De mon côté, une once d'appréhension à les laisser ici, et à abandonner pour un temps ma vie. 
    Après de grandes accolades à tous, je grimpe en haut des marches du train. Maintenant, c'est l'attente du coup de sifflet final, ou du sifflet qui annonce le début d'une aventure. On ne parle plus beaucoup. Je les regarde une dernière fois, dans les yeux, vraiment. Les portes se referment. C'est le départ. Enfin.
    Vais-je tenir jusqu'au bout ?



21 Juin

Fin de matinée, Camping de Reykjavik 

  

     L'arrivée dans l'aéroport fut un peu chaotique hier soir. Je me suis endormi dans l'avion, et ne me suis réveillé que lors de la procédure atterrissage, déjà bien entamée. La dépressurisation de la cabine ne m'a pas fait de bien : j'avais l'oreille gauche complètement bouchée, je n'entendais plus rien de ce côté, malgré toutes mes tentatives pour régler ce problème. Très perturbant. Une fois arrivé dans l'aérogare, je suis d'abord allé fumer une cigarette. Il était presque une heure du matin, et je n'ai pas tardé, une fois dehors, à mettre un pull. Et une veste. Ainsi que mon écharpe et mon bonnet. Il faisait toujours jour, comme s'il n'était que 19 ou 20h en France.



  
   Je suis retourné dans l'aérogare pour essayer de dégotter quelqu'un qui puisse m'emmener à Reykjavik. Avec la fatigue et ma surdité latérale, j'étais dans un drôle d'état, un peu vaseux. Comme dans une sorte de rêve. J'ai laissé passer quelques personnes : je n'osais pas, tout étrange que je me sentais. Finalement il n'y avait presque plus personne lorsque je me suis lancé. Personne n'a accepté, ou du moins les seuls qui voulaient bien n'allaient pas à Reykjavik. Je me suis résolu à prendre le bus, qui apparemment n'attendait plus que moi.
    Je n'avais toujours pas vraiment réalisé que j'y étais, enfin. Malgré la vision des champs de lave sur la route,  la vision de l'horloge qui indiquait plus d'une heure du matin et la quantité de lumière dehors, j'étais ailleurs une nouvelle fois, perdu dans mes pensées.
    Le chauffeur, avec qui j'ai discuté à la fin parce qu'il n'y avait plus personne dans le bus, m'a déposé juste devant le camping : il était 2 heures et demi : on se serait cru en pleine journée ! La journée la plus longue de l'année commençait, ou continuait. J'ai du monter ma tente, pour la première fois. Je me suis enfin couché, à trois heures du matin.

Ma tente et un type étrangement heureux. Il est trois heures du matin et je vais enfin pouvoir dormir.








Le soir, dans l'appartement d'Isàk


    J'ai marché une heure et demie à travers Reykjavik après être parti du camping, afin de rejoindre la gare routière. Je voulais y récupérer les horaires de bus de l'île, et puis des infos sur les choses à voir. Forcément, avec mon pseudo-plan de la ville de Lonely Planet, je me suis un peu perdu. Mais pas trop. Les gens m'observaient déambuler à travers la ville, comme si c'était la première fois qu'ils voyaient quelqu'un avec un sac-à-dos.
     Pas vraiment la sensation d'être dans une capitale : on voit d'à peu près partout la nature au loin : montagnes, prairies... Il y a de nombreux espaces verts, peuplés par des islandais en ballade, et les touristes comme moi, facilement reconnaissables à leurs cartes et appareils photos. Les islandais sont particulièrement friands de 4x4, ce qui peut se comprendre, vu les hivers qu'ils subissent...


Reykjavik et ses étranges panneaux. Au loin, les montagnes et la mer

      Après m'être perdu plusieurs fois, j'entends au loin de vagues cris, des gens qui se répondent. Je vois sur ma droite une sorte de parc : je m'y engouffre. C'était une représentation théâtrale pour enfants, dans le genre des Guignols de nos contrées. Je reste un moment là, pour me reposer et observer les petits islandais rire aux facéties des comédiens. Aujourd'hui est un jour férié en Islande, ils fêtent la journée la plus longue de l'année. Je ne comprends pas grand chose à ce qui se dit : à vrai dire, je ne comprends rien, mais c'est agréable d'entendre les rires des enfants. Le soleil brille, il fait presque chaud, et je suis là où je rêve d'aller depuis plusieurs années. Il n'en faut pas beaucoup plus pour me donner le sourire.




Un parc peuplé d'enfants et de saltimbanques islandais

     Une fois à la gare routière, et après avoir prit les renseignements nécessaires, j'ai appelé Isàk, pour lui dire que j'étais arrivé et me renseigner de l'horaire à laquelle je devais arriver chez lui. Un peu d'appréhension à l'appeler, quand même. Il m'a répondu très jovialement, il semblait très content que je sois là : il m'a dit de ne pas bouger de là où j'étais, qu'il venait me chercher dans peu de temps. Forcément, j'étais d'un côté du bâtiment, et lui s'est garé de l'autre. On s'est appelé plusieurs fois, et j'ai finalement traversé le hall d'accueil : j'ai aperçu un type assez jeune, les cheveux en pétard, avec un vieux jogging troué et des pantoufles au moins aussi vieilles que le jogging. Un grand sourire qui lui barrait le visage. C'était Isàk. Il m'a fait grimper dans une vieille voiture, qui avait un bout de plastique au lieu de la vitre passager, et nous sommes partis en direction de son appartement. Dix minutes plus tard, j'étais chez lui.

      A peine rentré dans son appartement, il fouille dans un vide-poche et me tend des clés : "Tiens, voici tes clés ! Tu sors et tu entres comme tu veux, tu te sers dans les placards. Bref, tu fais comme chez toi ! ". Un peu d'appréhension quand même : il avait l'air très gentil, trop peut-être ? On fume une cigarette sur sa terrasse, avec une superbe vue sur la baie de Reykjavik et le Mont Esja de l'autre côté. Il me propose d'aller faire un tour autour de Seltjarnarnes, son quartier. Je rentre à l'intérieur pour mettre mes chaussures, et il part passer un coup de téléphone sur sa terrasse... Je commence un peu à me poser des questions : il est vraiment très très gentil... Il organise un traquenard ou quoi ?

La vue du balcon, avec le fameux mont Esja.
Et accessoirement, les seules pâtes que j'ai mangé durant mon séjour.

      On sort de l'appartement, et il me dit qu'on va passer par un autre chemin, plus court, pour sortir de l'immeuble. On descend quelques marches, et il ouvre une porte qui donne sur une sorte de cave... Qu'est-ce qu'il va se passer ? Un petit couloir, des portes de chaque côté qui semblent donner sur nulle part... Il éteint la lumière ! Là, je commence vraiment à avoir peur, l'adrénaline monte, je suis prêt à subir mais je ne me laisserais pas faire ! J'ouvre la pochette de mon couteau ; la porte d'en face s'ouvre : un garage. Fausse alerte ! Toujours est-il que cette étrange impression est toujours là, dans ce garage à moitié vide, sale et mal éclairé. Je le suis, à quelques mètres de distance. Finalement il ouvre la porte et sort, toujours en pantoufles. L'air de la mer me saisit, la pression redescend. Paranoïa, quand tu nous tiens...


      On commence la ballade, et quelques minutes après on se retrouve dans la "campagne", la mer d'un côté et une sorte de lande de l'autre. Le vent souffle fort, et nous discutons de banalités sur nos pays respectifs. Il m'apprend notamment qu'ils ne sont pas très portés sur la sécurité : il arrive souvent à Isàk de laisser sa voiture avec les clés sur le contact en pleine rue... De nombreux oiseaux survolent l'endroit : c'est la période de nidification. Il m'apprend comment échapper aux sternes arctiques, ces oiseaux qui ont une fâcheuse tendance à attaquer les hommes qui traversent leur territoire : il suffit de lever le bras à leur approche, elles seront effrayées et s'en iront. Pour mieux ré-attaquer dans les 10 secondes qui suivent, jusqu'à ce qu'on quitte leur territoire. (D'ailleurs, ici un article de Wade en anglais sur les sternes. Et ici, une vidéo de ce même Wade qui se fait attaquer [à partir de 0'40] )
[...]
      Un peu plus loin, nous atteignons le bout de la péninsule : une petite île nous fait face, et on pourrait y accéder à pied étant donné que la mer est basse. Malheureusement, c'est une zone protégée et la nidification est en cours : impossible d'y accéder. Isàk me montre au loin une sorte montagne enneigée, et me dit que c'est le Snaefellsjökul. Il à l'air fier, et je lui dit que c'est très beau. Je lui demande de me répéter le nom, presque imprononçable, et me précise que c'est le volcan qui marque le point de départ de l'exploration des aventuriers de Jules Verne dans Voyage au centre de la Terre. Ça à l'air bien loin ...


Un phare et en arrière plan, le Snaefellsjökul.

Nous sommes à 25 minutes à pied du centre-ville.
    
    Isàk me parle un peu de sa vie, du fait que sa famille proche, notamment son ex-femme et son fils, habitent tous dans son quartier, Seltjarnarnes. D'ailleurs, il m'emmène voir sa mère et lui pique même de l'argent ! Il m'emmène ensuite dans un magasin pour acheter quelque chose qu'il faut, me dit-il, absolument que je goûte : du poisson séché. D'aspect, ça n'a vraiment pas l'air terrible... Il se retient d'ouvrir le paquet avant d'arriver chez lui. Nous arrivons pas loin de là où il habite, et je flippe encore malgré tout que quelqu'un m'attende chez lui, ou que mes affaires aient disparues... Évidemment, rien de tel. Il ouvre le paquet et une forte odeur de poisson se dégage : je me dit qu'il ne faut pas mourir idiot, et saisis le bout de poisson, blanc et sec comme un bout de carton. Il me prévient qu'il ne sera pas vexé si je n'aime pas : mauvaise augure... Finalement, c'est super bon ! Il me dit qu'il pêche sur un des plus gros bateau d'Islande, une sorte de bateau-usine qui fait tout, de la pêche au conditionnement, notamment de poissons séchés comme celui-ci. Il me dit qu'il est tellement bien payé que ça fait deux mois qu'il ne travaille pas et qu'il vit sur son salaire ! Il ne reprendra le travail qu'une fois son pécule épuisé. 


     Je lui dit que je vais descendre dans le centre-ville, et il me propose de m'accompagner. On y descend en voiture. Il me fait passer devant la maison de Björk, qui habite pas loin de chez lui. Une maison toute simple, carrée,  noire. Les stars ici, me dit Isàk, sont tranquilles : personne ne s'en occupe, aucunes n'ont de sécurité ou de gardes du corps. Pour preuve, après s'être garé et avoir marché quelques minutes, on croise un musicien très connu, l'un des plus connu d'Islande, qui semble errer. Grande barbe, les cheveux grisonnants et le regard vitreux : Isàk me dit qu'il doit sans doute être encore perché... ! Il a notamment composé pas mal de chansons pour Björk. Il me fait une petite visite guidée de la ville, très intéressante. 


Le Viking qui aurait découvert l'Amérique vers 1000ap JC
et l'église d'Halligrimur. Le cadrage fut dur à gérer pour Isàk.

      Mes jambes commencent à tirer, sans doute à cause du manque de sommeil, je lui propose donc de lui payer un verre pour le remercier de son accueil : il m'emmène dans son bar favori, où la bière est peu chère. Lorsque nous rentrons dans la voiture, il allume la radio, des islandais discutent : Isàk explose de rire. Il m'explique pourquoi : un auteur islandais s'est fait cambriolé quelques semaines auparavant, on lui a volé ses deux ordinateurs. Un d'entre eux contenait des scripts qu'il avait presque finit. Il a donc passé une annonce à la radio pour qu'on les lui rende. A peine quelques jours plus tard, un CD était dans la boite au lettre de la radio, et celui-ci contenait les scripts. Et d'après ce qu'il me dit, le peu de gens qui se font cambrioler passent des annonces pour récupérer leur matériel, leurs données. Et ça fonctionne !

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