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Spirale

Spirale



Eric Satie - Gnossienne n°3

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Lentement, il tire la dernière bouffée de sa cigarette, écoutant les feuilles de tabac crépiter puis devenir cendre. Il lève la tête au ciel, contemple le plafond et l'écrase dans le cendrier prêt à déborder. Il ferme les yeux, et, enfin, crache sa fumée en un long trait continu. Le soleil du matin filtre à travers les persiennes et quelques traits de lumière se diffractent dans la brume de la pièce. Il saisit d'une main sûre la bouteille couchée à côté de son fauteuil, la porte à ses lèvres et déglutit longuement. La dernière goutte s'écrase et roule sur son torse ; il lâche la bouteille et se lève, puis, pas à pas, chancelle jusqu'à la fenêtre, entre-ouvre avec ses doigts deux des lamelles du store.

La lumière violente ses pupilles, il plisse les yeux et observe. Plus rien ne l'intéresse à l'extérieur, mais il continue de regarder de temps à autre : on ne sait jamais ce que le destin nous réserve, se dit-il. Il relâche les stores, saisit la baguette et ferme encore un peu plus l'espace entre les lamelles. La pièce dans laquelle il se trouve se retrouve plongée dans la pénombre, mais il arrive à se frayer un chemin jusqu'au mur opposé. Des centaines de photos y sont punaisées, certaines plus récentes que d'autres, quelques-unes représentant des scènes de pays que l'on dirait encore sauvages, sur d'autres des portraits de femmes désormais inconnues, des dizaines de photos d'horloges et de montres de toutes sortes. Il  observe attentivement chacune des images, et se raconte une nouvelle fois son histoire. Sur chacun des cadrans photographiés, mis à part les derniers, les aiguilles pointent des instants différents. L'ultime photo est un pendule dont la carcasse repose par terre, le verre  fendu et le bois éventré, laissant supposer que les aiguilles indiqueront ce moment à jamais.
Le temps d'un soupir, il s'élance d'un pas mal assuré vers la cuisine, appuie sur le bouton de la cafetière et s'assoie sur le plan de travail. Un paquet de cigarettes est posé non loin de là, il le saisit du bout des doigts, et en sort une clope qu'il enfonce entre ses lèvres. L'eau commence à bouillir, elle se verse petit à petit dans le filtre à café, qui laisse tomber régulièrement des gouttes dans le récipient.. Il s'allonge sur le plan de travail pour atteindre la gazinière, l'allume, puis tourne la tête : le bout de la cigarette tombe dans les flamme. Il aspire la fumée d'une nouvelle clope et reste là, allongé, écoutant la symphonie minérale de la machine à café.
Une fois la cafetière remplie, il saisit une tasse dans l'évier, la vide de ses mégots et la rince. Il la remplit ensuite au quart d'un liquide brun, puis finit avec du café. Il marche à travers son appartement, jusqu'à la chambre. Comme dans les autres pièces, aucun volet n'est ouvert. Il craque une allumette, regarde le souffre prendre feu et l'approche près de son visage émacié, mal rasé. Ses yeux ne sont plus que des fentes qui scrutent sans espoir l'intérieur de la chambre. L'allumette se consume petit à petit, jusqu'à ne plus devenir qu'une flamme vacillante. Il souffle dessus, reste un moment là à regarder les ténèbres, puis fait demi-tour, va poser sa tasse à côté de la machine à écrire et prend le cendrier, qu'il vide dans sa poubelle pleine de mégots. Il revient s'asseoir dans son fauteuil, déguste une lampée de café, s'allume une cigarette et tape sur les touches. Les tiges s'actionnent et impriment leurs lettres sur la feuille. Une fois le dernier mot tapé, elle rejoindra le tas posé à côté, ou finira en boule, sur le parquet.
Jusqu'à la prochaine.

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